Fadhila Rabhi annulera-t-elle l’accord commercial désastreux avec la Turquie ?

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Fadhila Rabhi Ben Hamza ex-directrice des recherches et de la concurrence économique au sein du ministère du Commerce et au sein de l’Institut National de la Consommation (INC), vient d’être nommée ministre du Commerce et du Développement des exportations.

La ministre, pur produit du ministère du commerce, connait de toute évidence et parfaitement l’ampleur des problèmes que connait le pays dans le domaine du commerce et au niveau des échanges extérieurs : contrebande, spéculation, concurrence déloyale, bureaucratie, rente, cherté de la vie, circuits de distribution opaques, etc.

Il est évident aussi que la ministre connait dans les détails le dossier de l’accord dit de libre échange entre la Tunisie et la Turquie, un accord asymétrique et désastreux pour l’économie nationale qui a favorisé toutes les pratiques illégales : dumping, contrefaçon même de marques tunisiennes, produits non conformes aux normes sanitaires dont certains sont interdits de vente dans l’Union européenne qui a classé certains de ces produits comme cancérigènes, etc.

Notons à cet effet, que les importations de la Turquie ont atteint, en 2020, d’après les données de l’Institut National de la Statique (INS), 2588,150 millions de dinars contre un chiffre insignifiant d’exportations. Fin septembre dernier, elles se sont élevés à 2463 millions de dinars.

La valeur de ces importations représente, selon les données du ministère des finances, 60,4% de la dette extérieure remboursée, en principal et en intérêts, au cours de la même année. Ces chiffres qui illustrent l’invasion des produits importés massivement de la Turquie et dont la majorité ont des produits tunisiens similaires et conformes aux normes.

Au fait, parmi les importations turques on ne trouve jamais d’équipements ni des produits à haute valeur ajoutée. De simples gadgets et des produits kitch en tout genre sont importés par voie normale ou parfois de façon illicite : « glibettes », textile, produits alimentaires dont certains sont contrefaits à l’instar des pâtes, de l’eau aromatisée, bref, une concurrence déloyale au sens des règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

Ces importations anarchiques ont détruit une grande partie du tissu industriel national et hypothéqué, en conséquence, la croissance outre le creusement continue du déficit commercial qui a atteint 12 milliards de dinars (soit 3,6 milliards d’euros) rien qu’au terme du troisième trimestre écoulé, en dépit des ravages de la crise du Covid-19 et de l’absence quasi-globale de ressources extérieures.

L’aggravation du déficit s’est illustrée clairement depuis 2013 avec la promulgation d’un nouvel accord de libre-échange entre la Tunisie et la Turquie et qui a porté sur la franchise totale des droits de douanes d’un contingent de produits alimentaires et d’une large gamme de milliers de produits de consommation et d’équipement.

Notons que le Maroc a révisé à partir de 2019, son accord d’échange avec la Turquie évoquant une situation de dumping insoutenable et qui est contre les normes de l’OMC. Suivant le Maroc, L’Egypte et la Jordanie avaient annoncé, à leur tour, la révision de leurs accords de libre-échange avec la Turquie pratiquement pour les mêmes raisons.

Pour une Tunisie en nette difficulté économique et souffrant d’un déficit commercial galopant, Fadhila Rabhi devra annuler l’accord commercial désastreux avec la Turquie et réviser globalement les échanges avec la Turquie sur fond d’équité et de respect du droit commercial international afin de préserver les intérêts suprêmes de la Tunisie.

Pour mémoire, deux responsables du ministère du commerce ont déclaré à l’Agence de Presse Reutrers, le 20 août dernier que les autorités tunisiennes envisageaient la demande d’une révision urgente de l’accord commercial avec la Turquie afin de réduire le déficit commercial galopant avec ce pays.

Nabil Arfaoui, directeur de la coopération avec l’Europe au ministère du Commerce, a assuré à l’agence que les négociations avec la Turquie seraient ouvertes à la modification de l’accord, voire à son annulation.




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Source: tunisienumerique